Macron-Cluzel, an 1

Un an après l’élection inattendue d’un Président de la République hors du jeu politique traditionnel et qui s’est proclamé particulièrement sensible aux difficultés vécues par les personnes handicapées, quel bilan peut-on tirer de son action ? Éléments de réponse.

Le 7 mai 2017, la politique a joué aux pronostiqueurs l’un de ces tours dont elle a le secret : le champion de la droite française, qui devait l’emporter haut-la-main, s’était lamentablement fait recaler par les électeurs dès le premier tour, victime d’un fulgurant scandale financier dont il n’a pas réussi à se dépêtrer et ouvrant un boulevard à un novice au discours marketing rodé. Emmanuel Macron a raflé la mise face à la candidate d’extrême-droite, Marine Le Pen, 66,10% des suffrages exprimés, mais seulement 43,60% des électeurs inscrits. Haut-fonctionnaire et banquier d’affaires, cet homme n’avait jamais brigué de mandat politique et avait « seulement » été Secrétaire général adjoint du cabinet du Président François Hollande (2012-2014) puis ministre de l’Economie et des finances (2014-2016). Six semaines après l’élection de son chef, le parti présidentiel et ses alliés raflaient 60% des sièges de députés en perdant près de 12 millions de voix, une majorité absolue acquise grâce à moins de 20% des électeurs : les 577 députés de l’Assemblée Nationale n’ont été élus que par un tiers des électeurs, les deux autres tiers préférant s’abstenir, voter blanc ou nul.

Malgré cette majorité relative, tout le pouvoir est détenu par un gouvernement confié à un politicien de droite, Édouard Philippe, transfuge du parti Les Républicains. Depuis, il conduit à marche forcée une politique de réforme tous azimuts qui concerne également les droits des personnes handicapées : recours aux Ordonnances législatives, procédure réduite à un seul examen par le Sénat pour la quasi-totalité des projets de loi, le Gouvernement agit vite. Que pensent quelques dirigeants d’associations nationales de personnes handicapées ? Quatre sur neuf ont accepté de répondre à quatre questions : qu’est-ce qui a été fait, pas fait, mal fait parmi les promesses de campagne du candidat Emmanuel Macron ? Comment l’action gouvernementale s’inscrit-elle, dans la rupture ou la continuité ? Quelles sont les relations entre le Gouvernement et les associations de personnes handicapées ? Quelle est la perception de la méthode de travail gouvernementale et présidentielle, ainsi que les perspectives d’action et de mesures ?

Secrétaire général de la FNATH, association des accidentés de la vie, Arnaud de Broca est à la fois circonspect et sévère : « Sophie Cluzel, secrétaire d’État issue de la société civile, connaissant bien le sujet, a pu apporter, sans qu’il n’y ait besoin de ‘période de formation’ contrairement à des périodes passées, un discours souvent intéressant et une capacité à dialoguer avec ses collègues ministres. Sans nul doute le handicap est plus présent dans les médias. Au-delà des annonces et de la communication, l’impression reste quand même que les concertations sont limitées voire absentes auprès de l’ensemble des ministères, et que les mesures prises véritablement tranchent par leur manque de cohérence et leur absence d’avancées concrètes et immédiates pour les personnes handicapées. Qu’il s’agisse des concertations sur l’obligation d’emploi pour lesquelles les associations n’étaient pas conviées au départ. Qu’il s’agisse du projet de loipour la liberté de choisir son avenir professionnel pour lequel rien n’est prévu pour les personnes handicapées et aucune concertation n’a été organisée avec les associations. Qu’il s’agisse encore de la loi ELAN sur le logement en pleine incohérence avec le principe de société inclusive avancé par le Gouvernement, ou bien encore de la fausse revalorisation de l’Allocation aux Adultes Handicapés pour des milliers de personnes. »

Président de la Confédération Française pour la Promotion Sociale des Aveugles et Amblyopes (CFPSAA), Édouard Ferrero est déçu : « On a été satisfait de la « carte blanche » [lors du débat électoral du deuxième tour de l’élection présidentielle NDLR], mais on ne voit pas grand chose. On ne met pas en cause la volonté de la secrétaire d’État, mais celle des ministères. Toutes les politiques sont élaborées dans la précipitation, et trop souvent leur impact n’est pas étudié. J’en veux pour exemple l’augmentation de l’AAH en novembre prochain alors que celle du forfait hospitalier s’impose depuis janvier. » Il déplore que même si 100% d’accessibilité n’a jamais été atteint dans les logements neufs, le projet de loi qui en réforme la construction au lieu de proposer des améliorations contient une dégradation de l’accessibilité. Et s’il estime positive l’évolution vers une hospitalisation ambulatoire, il s’interroge sur les moyens réellement déployés pour les patients handicapés : « Pour l’accessibilité numérique, on attend toujours la mise en oeuvre du décret de l’article 106 de la loi pour une République numérique, dont un petit bout figure dans l’article 44 du projet de loi Pénicaud qui transpose la directive européenne. Or en réunion du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées, on a appris que le Premier ministre a fait paraître une circulaire annonçant la transposition telle quelle, sans plus, ce qui réduirait la portée de la loi française. Mais en fait on ne sait pas ce que le Gouvernement veut faire, il n’y a pas eu de concertation. » L’époque où les associations étaient consultées avant et pendant l’élaboration de nouvelles mesures serait-il révolue ? « On parvient à discuter avec la secrétaire d’État, mais très peu avec les ministères, poursuit Édouard Ferrero. Le CNCPH est noyé par la multitude des participants et intervenants. Et chez Sophie Cluzel, ils sont trop peu nombreux, cela entraine beaucoup de déperdition. On intervient dans des délais très contraints, la co-construction n’existe plus. » Quel bilan tire alors la CFPSAA d’un an d’action Macron-Cluzel ? « Au jour d’aujourd’hui, conclut Édouard Ferrero, je n’ai rien vu de très concret, des annonces, de la com’. Même pour la Conférence Nationale du Handicap du mois de juin, on a aucune idée précise de ce qui va se faire. L’action est difficile à suivre, on n’y retrouve rien, pas d’orientation. On ne peut être que favorable au discours, mais quand on creuse un peu, il ne reste rien

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